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Plus de trois ans d'existence et une fréquentation toujours en hausse, n'est-ce pas formidable ? De temps en temps certains me demandent pourquoi je n'écris pas plus souvent de nouveaux articles... Le temps me manque, malheureusement ! Je privilégie le temps à passer sur le terrain pour pouvoir prendre des photos.
J'ai d'ailleurs mis en ligne en ligne récemment mon tout nouveau site web de photographies naturalistes :
www.patricktrecul-photo.com
Si vous souhaitez voir plus de photos ou consulter mes prises de vues les plus récentes n'hésitez pas à y faire un détour !

A très vite !

Patrick TRECUL


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Samedi 18 juin 2005

Têtard, trogne, trognards, truisse, chapoule, ragosse,… Ils sont bien nombreux les petits noms locaux attribués à ces arbres étranges. Chaque région ou presque utilise une dénomination qui lui est propre… Etant à la fois percheron et tourangeau, j’utiliserai les deux termes de trognes et de têtards…

 

Mais qui sont-ils ?

 

Ce sont des arbres auxquels on a coupé régulièrement (à peu près tous les 5 ans) les branches pour provoquer de nombreux rejets. Chaque taille entraîne la formation de cicatrices d’écorces d’où repoussent à chaque fois de nouvelles branches, formant ainsi un renflement impressionnant (la tête est parfois trois plus large que le tronc !). C’est aussi ce qui explique leurs formes saugrenues… regardez le bois d’une trogne un de ces quatre et laissez aller votre imagination, vous verrez se dessiner dans l’écorce et les entrelacs de branche un bestiaire sorti tout droit de je ne sais quel roman de Jules Verne… La plupart des têtards que vous verrez seront des saules blancs, des saules fragiles, des frênes, des chênes pédonculés et des charmes car les autres essences supportent moins bien ce type de pratiques.

 

Des arbres et des hommes…

 

Les anciens émondaient les arbres têtards pour plusieurs raisons : la première, c’est qu’ils obtenaient ainsi régulièrement du bois de chauffage. La deuxième, c’est que les trognes formaient des haies efficaces (bon effet brise vent pour les cultures, et protection du bétail lors des intempéries) lorsqu’elles étaient bien entretenues. La troisième, plus anecdotique, c’est qu’en vieillissant, les trognes se creusent naturellement et il s’y forme, avec les débris de feuilles et de bois, un très bon terreau qui était parfois utilisé pour faire lever les semis. Et puis, une autre raison, que l’on retrouve aujourd’hui en agriculture biologique, et que nos anciens connaissaient bien avant nos grandes théories, le fonctionnement de la lutte biologique… Ils savaient que les trognes hébergeaient de nombreuses espèces animales, prédatrices d’insectes ravageurs des cultures, qui étaient pour eux de très bons auxiliaires de lutte….

 

Les trognes abritent de nombreux êtres vivants :

 

Et oui, sur une trogne vous trouvez à la fois du terreau, du bois tendre, du bois mort, des feuilles, de la sève, etc. On y trouve donc aussi toute la panoplie d’insectes qui y sont associés (tout un tas de coléoptères et d’hyménoptères notamment) ; directement on retrouve les oiseaux qui se nourrissent de cette petite faune.

 

(le xylocope-à gauche-ou abeille charpentière, la chriside-au milieu- et les lucanes, à droite sont trois insectes qu'on trouve souvent sur les trognes)

 

Mais un arbre têtard offre aussi grâce à sa forme un lieu parfait pour nicher pour certains oiseaux. C’est le cas de la Chouette chevêche d’Athéna. Une toute petite chouette dont je n’ai malheureusement pas de photos mais qui m’accompagne de son chant « miaulant » tout au long de mes ballades nocturnes au printemps… Les écureuils, les geais, les loirs, les lérots et beaucoup d’autres animaux encore aiment y stocker leurs provisions de nourriture. Sans compter les nombreuses plantes épiphytes (comme le lierre ou le liseron) et de fougères qui se développent sur leurs troncs… Bref, la biodiversité (un terme à la mode aujourd’hui…) est impressionnante autour de ces arbres biscornus.

 

(Au creux d'une trogne, restes d'un repas de rongeur)

 

Le génocide des arbres têtards :

 

Hélas, ces magnifiques arbres se font de plus en plus rares dans nos campagnes… au grand damne des artistes et des naturalistes… Adieux beaux compagnons ! A eux seuls ils donnaient un charme particulier à notre paysage agricole… Mais depuis le début des années soixante, intensification de l’agriculture oblige, les haies sautent pour agrandir les parcelles, les trognes sautent avec… Pour ces grandes parcelles qui ne servent qu’à produire des excédents, qui ne sont même pas redistribués aux pays qui en auraient besoin… Du coup c’est tout nos paysages qui sont banalisés, enlaidis, et c’est tout le petit monde animal dont je parlai précédemment qui disparaît… Progressivement… Sans que personne ou presque ne s’en aperçoive.

 

J’espère donc que vous saurez profiter des quelques « menhirs de bois » qui survivent dans nos campagnes pour prendre le temps de les regarder…. Essayez donc de compter le nombre d’espèces animales différentes que vous trouvez sur un seul de ces arbres, comme ça, pour voir… je suis sûr que vous serez surpris…

Photographies : P. Trécul, tous droits réservés.

Pour plus d'informations, contacter:

 Maison Botanique de Boursay, Centre européen des trognes, 41170 BOURSAY 

(très belle exposition "regards de trognes" en ce moment à la Maison Botanique... quelques unes de mes photos y sont présentées)

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Par PATRICK TRECUL - Publié dans : articles flore
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