Plus de trois ans d'existence et une fréquentation toujours en hausse, n'est-ce pas formidable ? De temps en temps certains me demandent pourquoi je n'écris pas plus souvent de nouveaux
articles... Le temps me manque, malheureusement ! Je privilégie le temps à passer sur le terrain pour pouvoir prendre des photos.
J'ai d'ailleurs mis en ligne en ligne récemment mon tout nouveau site web de photographies naturalistes :
www.patricktrecul-photo.com
Si vous souhaitez voir plus de photos ou consulter mes prises de vues les plus récentes n'hésitez pas à y faire un détour !
A très vite !
Patrick TRECUL
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Nous sommes fin mars, plusieurs amoureux de la nature en chemin pour une journée en plein air. En route, une plante fait
l'objet d'une discussion passionnée. Certains la nomment « Gogane », d'autres « l'œuf de pintade », d'autres encore « pâunes » ou « bonnets d'évêques ».
Mais en fait, nous parlons tous de la belle de mars : la Fritillaire pintade (Fritillaria meleagris).
Sa couleur violacée à damier, rappelant vaguement celle de l'oiseau, lui a valu ce nom, qui ne reflète pas assez à mon goût la délicatesse et l'aspect gracile de cette tulipe sauvage.
Parmi ceux qui participent à la
discussion, plusieurs admettent en avoir fait d'énormes bouquets dans leur enfance. Ceux-ci ont bien entendu arrêté de la cueillir, jugeant (comme beaucoup de naturalistes) que la plante est
aujourd'hui devenue bien trop menacée pour se permettre de tels égarements. Tous témoignent de secteurs autrefois roses de fritillaires aujourd'hui tristes à mourir en ce début de printemps.

Ici, dans la région Pays de la Loire, elle n'est pas protégée, hélas... Sa cueillette est autorisée, sous réserve toutefois de ne pas toucher aux parties souterraines de la plante (un bulbe très
fragile et très exigeant). Mais dans les régions limitrophes (Région Centre et Poitou-Charentes) et dans la plupart des autres régions françaises, la belle de mars est intégralement
protégée.
Plusieurs raisons ont entraîné
son déclin. La première est essentiellement liée à l'évolution des pratiques agricoles : la fritillaire se développe presque exclusivement sur des prairies permanentes (jamais semées, jamais
retournées) et très humides (très souvent des parcelles inondables). Le sort de ces prairies est souvent désastreux : drainage, abandon des parcelles (donc fermeture des milieux) ou au
contraire surexploitation (pâturage trop intensif ou plantation de boisements très gourmand en eau, peuplier notamment), on assiste parfois même à des destructions mécaniques directes.


A gauche, une gogane essaye de survivre dans
une prairie abandonnée peu à peu colonisée par des phrgmites, à droite, construction d'une station d'épuration sur une prairie où poussaient plusieurs milliers de
fritillaire...
La seconde est liée aux prélèvements directs : j'ai vu récemment une station de fritillaire de quelques centaines de pieds dévastée par les promeneurs. En bordure d'un chemin, imaginez, le
bouquet facile. Sur toutes les tiges, seules trois portaient encore une fleur, toutes les autres avaient été coupées.
Et la troisième cause probable, qui se confirmera dans les années à venir si l'on en croît les prédictions des
climatologues, est liée à des années de plus en plus sèches : la fritillaire ne se plaît que là où elle a les pieds dans l'eau suffisamment longtemps. J'ai lu quelque part que d'une année
sur l'autre, en fonction de la pluviométrie, le cœfficient de floraison pourrait varier de 1 à 100. Imaginez une prairie avec 500 fritillaires une année humide, la même une année sèche ne verra
fleurir que 5 pieds... Si cela se répète plusieurs années de suite, le bulbe s'épuise et finit par mourir.

Tout près de Nantes, les Marais de Goulaine offrent encore aux fritillaires les conditions propices à leur
développement. Pourvu que ça dure...
Seules certains secteurs « rescapés » accueillent encore des populations de fritillaires dignes de ce nom : les basses vallées Angevines en bords de Loire, ou certaines zones de marais par exemple. Mais le grand public, les propriétaires de parcelles ainsi que les responsables locaux, souvent trop peu informés, commettent parfois l'irréparable. Il est vrai qu'en voyant l'abondance de la floraison dans ces secteurs (plusieurs milliers de pieds dans certaines prairies), on pourrait penser que l'espèce est une banalité alors qu'elle est en fait un véritable trésor à ne surtout pas gaspiller.
Car au-delà de sa présence directe, la fritillaire est une précieuse indicatrice de biodiversité : là où elle croît, on a toute les chance de voir fleurir dans les mois suivant une diversité de plantes à fleurs absolument incroyables, avec tous les cortèges d'insectes, d'oiseaux ou autres animaux qui leur sont liés.
Là où la Gogane disparaît, donc, c'est tout un écosystème qui meurt.
Si la plupart des régions où elle est présente ont pris en main l'avenir et la sauvegarde de cette plante formidable, d'autres n'ont encore rien fait ou presque à son sujet : ni inventaire, ni cartographie réelle, ni suivi des sites et stations de fritillaire.
Les naturalistes locaux souhaitent faire évoluer cela et plusieurs enquêtes sont en cours. Si vous observez cette plante près de chez vous, faîtes le absolument savoir, qu'il y'ait un ou dix mille pieds, l'information a de la valeur. Une petite station révèle souvent la disparition d'une plus grosse, ou la présence d'une station importante pas très loin, car (en bord de cours d'eau en tout cas), la propagation des graines semble essentiellement assurée par les courants aquatiques lors des crues.
Si vous observez cette plante en Vendée, merci de contacter les Naturalistes Vendéens ou la LPO Vendée grâce au lien suivant : http://www.fritillaire.naturalistes-vendeens.org/
Si vous en faites la découverte en Loire-Atlantique, vous pouvez soit contacter la LPO 44, soit le Groupe Naturaliste de Loire-Atlantique (coordinateurs de l'enquête départementale). Je peux aussi vous envoyer sur demande la fiche d'enquête à leur transmettre.
En Indre et Loire veuillez contacter la SEPANT (Société d'Etude et de Protection de la Nature en Touraine) : sepant@wanadoo.fr
J'espère vous avoir donné un certain nombre de clés pour comprendre les raisons du déclin de cette plante ainsi
que l'envie de participer aux « enquêtes fritillaire » de vos régions respectives ; sur ce, longue vie aux belles de mars !
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