
En France, le loup et l’ours suscitent l’intérêt de la plupart des français et des médias. Leur extrême rareté légitime ces « traitements de faveur », mais on peut déplorer le manque d’information concernant d’autres mammifères, certes beaucoup plus communs, mais en déclin très net.
J’ai donc choisi de mettre l’un d’entre eux sous les feux de la rampe : le campagnol amphibie (Arvicola sapidus).
J’ai fait connaissance sans le savoir avec ce petit rongeur il y’a maintenant un bon moment puisqu’il égayait la plupart de mes parties de pêche quand j’étais gamin. Il était bien rare que j’aille au bord de « ma » rivière sans en voir deux ou trois.
Aujourd’hui c’est une autre histoire. Il faut le chercher pour l’observer…
Les raisons de son déclin sont nombreuses :
- campagnes de dératisation utilisant des produits toxiques non sélectifs (bromadiolone notamment).
- prolifération d’espèces envahissantes telles que le ragondin, le rat musqué (qui entrent en compétition avec notre petit campagnol et qui l’excluent de ses territoires de prédilection), le vison d’Amérique et le surmulot (exclusion territoriale et prédation directe).
- piégeage et tir d’espèces nuisibles (par manque d’information, certains piégeurs tuent parfois des campagnols amphibie).
- dégradation des milieux de vie du rongeur (drainage, surpâturage et « sécurisation » des berges, rectification des cours d’eau, variations importantes des niveaux d’eau, …)
- et par manque de connaissances sur l’espèce, on ne sait pas si des épidémies ou si les pollutions n’y sont pas non plus pour quelque chose.
Ragondin et Vison d'Amérique, deux espèces envahissantes en partie responsables du déclin du Campagnol amphibie...
Bref, pour beaucoup de raison, les naturalistes commencent à s’inquiéter sérieusement pour cette espèce présente uniquement en France, en Espagne et au Portugal. Ce qui constitue une aire de répartition très restreinte comparée à celle de la plupart des autres mammifères.
Contrairement à beaucoup de mammifères, le campagnol amphibie n’est pas très farouche et il est actif en pleine journée. Vous pouvez donc tous être des observateurs potentiels de l’animal, voici comment le reconnaître :
- allure globale de « cochon d’Inde » (tête et corps trapus mesurant parfois un peu plus de 20cm) avec une queue de rat (pouvant mesurer 13 cm)
- couleur brun foncé dessus, un peu plus clair dessous
- plonge et nage très bien à la surface comme sous l’eau (assez lentement toutefois). On ne voit pas sa queue lorsqu’il est dans l’eau.
- oreilles poilues peu distinctes du reste du pelage.
- Terrier dans la berge d’un diamètre de 6 cm en moyenne.
N’hésitez pas à le signaler à une association naturaliste locale vos observations. Il devient urgent de suivre la répartition de cette espèce en régression dans notre pays.

Il est aussi important de savoir, et de faire savoir, que cet animal n’est pas un "nuisible". Il est souvent considéré à tort comme un vulgaire rat ou autre « vermine ». Il n’y a jamais eu de plaintes liées au campagnol amphibie, ses terriers endommagent très peu les berges et il ne se nourrit que de plantes de berges (tiges de roseau, de graminées, …), de fruits sauvages, d’herbe et à quelques occasions de petits animaux (amphibiens, alevins ou charognes) et ne cause donc aucuns dégâts particuliers.
En bref, quand cette espèce n’est pas accusée à tort de tous les méfaits en fait dus à ses cousins ragondins, rats musqués et autres, elle est ignorée. Mais aujourd’hui, nous aimerions au contraire qu’elle soit prise en compte dans les aménagements des zones humides au même titre que certains oiseaux ou autres mammifères. Le statut d’espèce protégée est venu tard pour la Loutre, le Castor et le Vison d’Europe. Faisons en sorte qu’il ne vienne pas aussi tard pour notre petit Campagnol amphibie.
Voici un lien vers une pétition diffusée par la SFEPM dont le but est d’essayer d’obtenir ce même statut pour ce rongeur. Si vous aussi vous souhaitez un avenir un peu plus radieux pour ce petit rongeur, n’hésitez pas à la signer et à la diffuser autour de vous…
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